LA METHODE DE L’OBSERVATION

LA METHODE DE L’OBSERVATION
L’observation a été la première méthode utilisée dans le développement. Elle est la constatation des évènements qui se présentent à nous spontanément. C’est une méthode d’investigation qui permet de recueillir des données ou des informations au sujet d’un fait, d’un événement ou sur les individus. Observer, c’est s’accaparer certains éléments du réel et d’en ignorer d’autres. Cependant, bien que l’objectif autour duquel s’organise l’observation oblige à la restriction, il permet également d’optimiser et de mieux circonscrire l’objet d’étude. La qualité des informations recueillies n’en sera que meilleure. L’observation peut être une phase exploratoire de la recherche visant à se familiariser avec une situation ou un phénomène afin de faire surgir une hypothèse. On parle d’observation naturaliste lorsque l’investigation d’un phénomène naturel ou culturel se fait sans que le chercheur intervienne dans le déroulement du phénomène. On parle d’observation fortuite quand l’observation du comportement est spontanée. On peut parler d’observation comme méthode de recherche lorsqu’on recueille des informations dans le but de tester des hypothèses. On parle d’observation expérimentale, la situation est entièrernent organisée par le chercheur afin de vérifier ses hypothèses. On parle alors d’observations organisées et systématiques de comportements provoqués. On retrouve cette même distinction spontané/provoqué en ce qui concerne le type de recueil des données en fonction de la standardisation de l’instrument utilisé pour les recueillir. Les tests représentent le mode de recueil le plus systématisé. Tout y est défini au préalable, aussi bien Ies conditions précises de passation que les critères de correction/cotation.
1 – Qu’observe-t-on ?
Au cours d’une observation, ce que l’on observe ce sont les divers aspects du comportement de l’enfant : le comportement moteur, le comportement verbal, les mimiques, les postures, mais aussi les interactions de l’enfant : interactions verbales, physiques, mais également les types d’interactions affiliatives, conflictuelles et altruistes. Il existe également d’autres éléments observables utilisés dans les recherches en psychologie du développement. Il s’agit des réponses des individus qui peuvent être recueillies par divers instruments comme le dessin, les questionnaires, les tests et les entretiens. Ces instruments permettent d’explorer les différents aspects de la personnalité des individus.
2 – Les différents types d’observation
La littérature distingue plusieurs types d’observation. Nous pouvons, par exemple, citer l’observation directe, l’observation indirecte, l’observation participante, l’observation engagée, l’observation non-participante, l’observation systématique, l’observation générale et l’observation spécifique. Dans le cadre de notre enseignement, nous présenterons les observations suivantes : l’observation directe, l’observation indirecte, l’observation participante et l’observation engagée.
a – L’observation directe
L’observation directe réfère à ce qu’un professionnel a véritablement vu. Il ne s’agit pas d’une information rapportée par une tierce personne. Il s’agit également d’observations faites hors d’un contexte d’interaction. Ce type d’observation est fait au moment où l’observateur observe des comportements précis du sujet dans un environnement donné. L’observation directe permet de décrire en termes de comportements observables et précis ce que l’intervenant a vu. Dans l’observation directe, l’observateur est en situation avec les sujets et recueil des données sur le contexte, les comportements, les processus. L’objet y est perceptible. Exemple, une éducatrice peut véritablement dire à la mère d’un enfant que celui-ci est resté couché pendant 30 minutes durant l’après-midi. Puisque l’éducatrice était présente tout au long de la sieste, elle est à même de constater que l’enfant est resté dans cette position pendant le temps mentionné. L’observation ne serait pas directe, si l’éducatrice était en congé la veille et aurait reçu l’information de la remplaçante. L’observation directe repose donc sur le fait de rapporter exactement le comportement observé avec le moins d’interprétations possibles (Berthiaume, 2004). Cette observation permet de décrire avec plus d’objectivité le comportement et il n’est pas réfutable dans la mesure où il est précis.
b – L’observation indirecte
Ce type d’observation provient d’informations non-observées directement par l’observateur. Par exemple, en regardant le résultat d’un test ou en utilisant une information rapportée par un collègue. Il utilise donc l’information sans avoir véritablement observé le sujet. L’information provient alors d’une source indirecte (Berthiaume, 2004). Par exemple, l’analyse de tests fournit des résultats pouvant être utilisés pour connaître ou comprendre l’enfant sans toutefois avoir observé avec les sens du psychoéducateur, ce qui s’avère tout de même très utile. De plus, comme le psychoéducateur est amené à travailler avec d’autres spécialistes ainsi qu’avec des outils d’évaluation, l’observation indirecte est très présente dans le quotidien du spécialiste (Lamour et Barraco, 1999). Cette observation ne permet pas de décrire avec plus d’objectivité le comportement et il est réfutable dans la mesure où il peut ne pas être précis. Donc, l’observation indirecte est subjective.
c – L’observation participante
L’observation participante utilise les moments de vécu partagé comme source d’information. Elle représente un type d’observation lors duquel le psychoéducateur est présent et participe activement à la vie de groupe. Il est donc intégré au groupe et interagit avec les sujets qu’il veut comprendre (Berthiaume, 2004). Selon Bogdan et Taylor (1975), le terme d’observation participante se définit davantage comme une enquête à travers des échanges verbaux et non-verbaux entre le sujet et le spécialiste. Avec l’observation participante, le psychoéducateur est impliqué dans l’échange et participe au contenu de celle-ci. Ce type d’observation perd en objectivité, car l’observateur est impliqué physiquement et émotivement dans le vécu du sujet.
d – L’observation engagée
L’observation engagée se déroule lorsque l’intervenant est dans le vécu du sujet. Berthiaume (2004) distingue l’observation engagée de l’observation participante. Cependant, il est à noter qu’en pratique, il y a bien peu de différences. En effet, ce qui différencie ce type d’observation avec l’observation participante est le fait que tout au long de sa présence, l’observateur utilise ses connaissances pour venir en aide au sujet. Il peut aussi utiliser ce qu’il voit, ce qu’il entend et ce qu’il ressent pour y parvenir. Ce type d’observation rejoint une technique d’intervention nommée « aide opportune », dans l’optique où cette intervention supporte le sujet dans une situation de déséquilibre (Renou, 2005). Ce type d’observation perd en objectivité.
e – L’observation générale
Elle se fait à travers les organes de sens. On n’utilise pas d’instruments au cours de cette observation. Par ailleurs, elle se fait hors interaction et porte sur la population générale.
f – L’observation spécifique
L’observation spécifique se fait à l’aide d’instruments. La population concernée par l’observation spécifique est la population cible. L’on peut présenter cette observation suivant des domaines de compétences : domaine cognitif, domaine psychomoteur, domaine socio-affectif, etc…
g – L’observation armée
La personne qui fait l’observation utilise un support matériel en plus des organes de sens c’est par exemple la grille d’observation, un appareil photo, etc. Cette technique est très efficace lors des activités des enfants sur l’espace amis des enfants.
h – L’observation occasionnelle où accidentelle :
La personne qui fait cette observation n’a pas la possibilité de programmer l’apparition du phénomène ou du comportement à observer. C’est souvent à suite d’un fait fortuit que se produit le phénomène qu’on avait souhaité. A ce moment, l’observation se fait sur la base d’un évènement naturel.
i – Analyse des données ou des observations
Cette analyse consistera à :
Poser le diagnostic (analyser les observations)
Présenter les problèmes identifiés
Identification du problème prioritaire
Identification de la solution idoine (VI)
3 – Les lieux de l’observation 
Sur le terrain : les psychologues de terrain récolteraient leurs données sur les terrains habituels de l’enfant (la maison, la crèche, l’école…).
En laboratoire : la psychologie de laboratoire s’effectuerait dans un lieu spécifiquement organisé pour l’observation.
On pourrait penser qu’au terrain correspond le comportement spontané, au laboratoire, le comportement provoqué, qu’au terrain correspond l’observation naturaliste, au laboratoire, l’observation expérimentale. Or, ce n’est pas si simple. S’il est difficile de faire de la psychologie de terrain à I’mtérieur d’un laboratoire, il est fréquent de faire de la psychologie expérimentale dans un lieu habituel de vie de l’enfant. Il faut rattacher cette opposition à la nature même des questions que se pose le psychologue. Le psychologue de terrain cherche à répondre à des questions prenant Ieur source dans le terrain lui-même, dans le cadre de vie de l’enfant (psychologie appliquée). Le psychologue de laboratoire, lui, fait de la recherche fondamentale et voit la source de ses questions se rattacher à un cadre theorique. II organise une situation apte à vérifier ses hypothèses. Pour cela, il organise son dispositif d’observation dans le lieu le plus apte à recueillir ses données (laboratoire, ou crèche …). Quand, il s’agit de jeunes enfants, il est fréquent que le chercheur transporte son dispositif d’observation dans le lieu de vie familier à l’enfant afin de ne pas perturber celui-ci dans ses réponses.
4 – Les problèmes liés à l’observateur
a – Influence de la présence de l’observateur sur le comportement observé
On n’a pas le droit, d’un point de vue éthique, d’observer le sujet à son insu. Ainsi, il faut minimiser la présence de l’observateur. On peut soit utiliser un miroir sans teint ou un caméscope, soit répéter les séances d’observation. On habitue ainsi le sujet à la présence de l’observateur et on assiste au retour d’un comportement spontané.
b – La subjectivité de l’observateur
Il faut limiter l’équation personnelle, car l’observateur peut faire deux types d’erreurs : erreur occasionnelle (insuffisance de l’observateur), erreur systématique (attachement à l’enfant observé, par exemple). Pour limiter l’équation personnelle, on recourt à plusieurs observateurs pour observer la même scène, les mêmes enfants. On calcule ensuite un « indice de fidélité inter-juge », par la comparaison des comptes rendus d’observation.
5- La méthodologie de l’observation
Si on regarde un enfant jouer, une multitude d’informations peuvent être perçues : ce que l’enfant dit, comment il se tient, l’action qu’il rnène, les objets qu’il touche, la façon précise dont il les manipule, sa façon de réagir a des évènements extérieurs… S’il y a plusieurs observateurs, il y a de fortes chances pour que leurs rapports d’information soient différents.
Wallon : l’observation n’est pas le décalque exact et complet de la réalité. Observer, c’est choisir parmi la masse des informations, les éléments qui correspondent à notre attente, hypothèse ou rnême à nos habitudes mentales : on ne retient que les circonstances à soi-même exprimables, celles qui ont une signification et sont intelligibles par rapport à la table de références dont nous nous servons. Pour que l’observation puisse prendre place dans un dispositif de recueil de données à visée scientifique, il faut remplacer cette table de référence personnelle, subjective et plus ou moins inconsciente par une table de références dont Ies termes soient objectivement et préalablement définis pour qu’elle soit commune a plusieurs observateurs. Il faut donc :
Limiter les observables : notre capacité de traitement de l’information étant Imitée dans le temps et dans la quantité, un tri par rapport aux questions que l’on se pose est indispensable. Choix des indicateurs
Définir les hypothèses : toute observation suppose des hypothèses sous-jacentes : on attend quelque chose d’une observation. Ces hypothèses permettent le choix des éléments à observer, les conditions de I’observarion, les techniques à utiliser. L’observation prend sa dimension scientifique par objectivation et explicitation des hypothèses et du cadre de référence dans lequel elles s’inscrivent.
Préciser les conditions de recueil de données. L’observation scientifique doit être repérable et doit pouvoir se répéter afin de permettre la généralisation des faits observés, donc la validité des résultats obtenus. L’observarion doit s’inscrire dans un Cadre ou les faits observés puissent être également observés par quiconque qui le souhaiterait, en d’autres termes, il est nécessaire que le cadre d’observation permette une observation répétable, donc contrôlable. Pour cela, il faut parvenir à une certaine systématisation (les conditions d’observation doivent être stables pour tous Ies sujets observés). Permet la cornparaison des individus.
6 – La construction d’une grille d’observation
Elle se construit à la fois à partir d’un modèle théorique et à partir de l’observation de comportements. Il faut établir la liste des comportements auxquels l’observateur s’intéresse préférentiellement, voire exclusivement au cours d’une séance d’observation. Exemple d’une grille d’observation ci-dessous : la grille d’observation des enseignants.

Tableau de la grille d’observation des enseignants

7 – Les techniques de l’observation
L’enregistrement du comportement par caméscope est une évolution technique qui influence la recherche au-délà du simple enregistrement des données, elle modifie les observables.
Elle joue un rôle majeur dans l’étude des interactions : auparavant, l’observateur utilisant la méthode du papier-crayon ne pouvait porter simultanément son attention sur plusieurs sujets, done quasi-obligation d’avoir plusieurs observateurs. Maintenant, il est possible de repasser l’enregistrement autant de fois que nécessaire.
Elle permet aussi la maitriser de la durée des comportements, ce qui joue également un grand rôle dans les recherches sur les interactions : on pourra relever précisément les phénomènes de synchronie, de rupture et de reprise des interactions.
La lecture image par image permet de voir des phénomènes inobservables a l’oeil nu (mimiques par exemple).
Elle permet d’avoir une multiplicité de juges ayant à coder les comportements. L’enregistrement permet de sélectionner des séquences d’images par exemple et de vérifier si chaque cornportement a le même sens pour chacun des décodeurs.
Mais attention, il y a des précautions à prendre : choix du cadrage, durée de l’enregistrement. Il faut y penser avant de se mettre à observer, car ensuite il est trop tard, Sinon, il faut retoumer sur le terrain, ce qui n’est pas forcement possible et quelle perte de temps. Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’il est facile d’observer avec un caméscope, que l‘analyse est facile à réaliser. Il faut réaliser au préalable une démarche réflexive (questions ou hypothèses, choix des variables à observer…) car ce n’est pas de la lecture et la relecture de l’enregistrement que jaillira la signification. De plus, visionner 1 heure d’enregistrement a vitesse réelle équivaut à 1 heure de temps, mais le visionner à vitesse réduite pour noter les éléments permettant une analyse équivaut à beaucoup plus (x 4), ceci étant aussi valable pour le décryptage d’un entretien. Les Caméoscopes permettent de garder une trace riche de ce qui s’est passé, Toutefois des problèmes multiples apparaissent. D’une part, on ne peut pas ignorer les problèmes juridiques et déontologiques de la prise de vue en public. D’autre part, le travail de transcription des enregistrements est à la fois très difficile et très astreignant. II convient donc d’examiner soigneusement si, véritablement, les enregistrements sont nécessaires et s’il ne conviendrait pas mieux de mettre au point une grille d’observation adaptée à ce qu’on cherche.
Conclusion
La technique d’observation doit donc avant tout être adaptée à l’objectif recherché, de telle sorte que celui-ci soit perceptible. Tout moyen a ses avantages et ses limites. Le type d’observation se choisit en fonction d’un cadre theorique de référence et des hypothèses de recherche, du type de population…L’observation est destinée a nous faire percevoir différemment les choses, a en avoir une image plus rigoureuse, elle nous apprend à nous détacher de ce qui nous semble familier pour le percevoir autrement. Passer d’une perception simple a une méthode permettant de faire de la recherche. L’observation sera le résultat codé de l’acte d’observer suivi de l’acte d’interpréter. Chaque paramètre de l’observation doit donc être rigoureusement défini et justifié, l’observation étant un processus de base snbordonné et intégré dans la démarche plus globale qu’est la méthode expérimentale.

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